Olivier de Clippele : portrait

C’est décidé, Olivier de Clippele quitte le MR d’Ixelles. Il promet une « liste de combat » et s’élance seul à la conquête des élections communales. Portrait.

Olivier de Clippele a les jambes solides quand il enfourche son vélo pour attaquer la chaussée d’Ixelles et monter jusqu’à la maison communale. Les pieds dans les pédales, tenu par son agenda, il grimpe, mais ne perd rien du paysage citadin qu’il traverse.

En politique, ce notaire de profession est un vieux porteur d’eau, ou un baroudeur diront certains. Rarement chef de peloton, il rapporte des voix, mais ne fait pas souvent la une. Sauf quand il se fâche, mais ça, nous y reviendrons.

Olivier de Clippele se crée une réputation sur les pentes institutionnelles belges. Dès ses 22 ans, il rencontre André Belmans et sa revue E diversitate unitas qui le convainc qu’un fédéralisme à deux ne mène qu’à la confrontation stérile. Du coup, il édite le journal Le Brabant Uni, lance les Jeunes pour les provinces et défend un fédéralisme basé sur ces provinces : « à neuf on découvre plus vite des intérêts communs ». Fier de ce constat, il lance avec d’autres Bplus, mais aussi le groupe Coudenberg « qui proposait un fédéralisme multipolaire et rassemblait universitaires, syndicalistes et patronat au temps où il y avait encore de grandes industries belges ».

En 1994, poussé dans le dos par ce passé, son expérience en temps que président du Cri (le syndicat national des Propriétaires) et les valeurs qui ont forgé la Belgique (il se bat longtemps contre la scission de la sécurité sociale), Olivier de Clippele s’engage et roule pour le politique. Il façonne ses premières armes dans l’équipe du PSC, mais Joëlle Milquet lui barre la route, le pousse à faire un pas de côté et le retrouve quelques mois plus tard accueilli dans le camp d’en face : le PRL bruxellois. Très mal placé sur les listes, Olivier de Clippele décroche tout de même un siège en 1999 comme parlementaire régional. Cerise sur le gâteau, lui, le fils, petit-fils et arrière-petit-fils de sénateurs est envoyé au sénat comme sénateur de communauté jusqu’en 2003, date à laquelle Sud Presse le nomme francophone le plus actif dans cet hémicycle. Cependant, écarté de ce poste par Daniel Ducarme, il doit se recentrer sur la région et surtout sur Ixelles où il contribue à ramener le MR dans le peloton de la majorité en 2006. Trois ans plus tard, il engrange de nouveaux adeptes, cartonne au niveau régional et s’y installe pour cinq nouvelles années. « C’est sans conteste là que je peux exploiter au mieux mes compétences. C’est là qu’est ma place d’ailleurs, à la région, là ou l’on légifère sur le droit d’enregistrement, sur les droits de succession, sur l’urbanisme, le code du logement, la pollution des sols. J’ai de ces dossiers une pratique journalière. »

Côté étiquette, Olivier de Clippele se définit lui-même comme un « parlementaire de droite » (on ne le contredira pas), mais revendique en même temps une fibre sociale aiguisée par 17 ans de bénévolat dans le quartier des Marolles et même écologique : « mon vélo ne me quitte jamais ». C’est aussi, un fier catholique admettront ses collègues. « C’est vrai, ce ne sera jamais une arme politique, mais c’est une fameuse arme personnelle. »  « Vous ne verrez jamais de référence à la Bible dans mes tracts, je suis résolument pour la séparation de l’Église et de l’état, mais l’état ne peut non plus se permettre de privatiser l’église. Au même titre que le sport et la culture il doit veiller à ce que tout être humain ait accès à la spiritualité. Vous savez nous confie-t-il en citant André Comte-Sponville, on peut se passer de religion, je crois à la communion entre croyants et athée, mais on ne peut se passer de fidélité et d’amour. On ne peut pas davantage se passer de spiritualité. Ça aide, ça m’aide à relativiser, à me poser. »

C’est sans doute l’une ou l’autre de ces capacités qui l’amènent à quitter le MR de sa commune en ce début d’année. Fin décembre, il refuse de voter le budget 2012 d’Ixelles. Il le juge exubérant et intenable en période de crise. On ne reviendra pas ici sur toute l’affaire, mais avouons-le, pour un échevin des finances la situation n’est pas très claire et surtout surprenante. Ses amis bleus le lâchent et sa majorité le démet de ses fonctions. Lui assume, refuse de démissionner, se retrouve échevin sans compétence, défend un autre budget et surtout, décide de lancer sa propre liste.

On le sait, la commune d’Ixelles n’est pas connue pour son relief clément, les pentes sont nombreuses. Qu’importe apparemment, Olivier de Clippele s’est fixé son Alpe d’Huez à lui : la place Fernand Cocq et sa maison communale. Il ne lui reste plus qu’à trouver des compagnons de route, affronter quelques tournants et les bourrasques de la campagne. En attendant, il roule, la tête dans le guidon et loin des porteurs d’eau. Bref, comme un baroudeur vous diront certains.

Bosco d’Otreppe

Janvier 2012