De la musique pour toute chose. Portrait de Bernard Foccroulle

Si ce n’est quelques statues paisibles, la cathédrale est vide, et, à ses côtés, Bruxelles s’endort. Perché parmi les voûtes gothiques, accroché à l’orgue, Bernard Foccroulle joue du Jean-Sébastien Bach.

Bach aurait-il apprécié ? Il aurait été surpris en tout cas. L’orgue, moderne, espagnol et catholique est aux antipodes des instruments baroques, allemands et protestants de son époque. Le jeu, l’harmonie, le timbre, la mécanique, l’acoustique, le toucher, le rendu, tout est différent.

Bernard Foccroulle en est conscient, et sait que son défi n’est pas de jouer Bach, mais de l’interpréter et de le traduire dans des sonorités modernes et contemporaines. Tout est affaire d’équilibre ; l’interprète ne peut ni se superposer à l’auteur, ni se vouloir neutre et transparent. « [L]a seule vérité qui me semble acceptable » avoue Bernard Foccroulle, « est celle de la relation qui se crée entre l’interprète et l’œuvre. Cette relation est une rencontre, une confrontation, dans laquelle chacune des deux parties s’ouvre à l’autre, comme dans une rencontre amoureuse. Chacun en ressort transformé. Il y a donc un certain déplacement de l’œuvre, sans que ce déplacement soit nécessairement une trahison. […] Il y a trahison si l’œuvre est niée, brutalisée, mise à mal. »[1]

Avec Bach, Mozart, Beethoven, Chopin, Debussy que jouait sa maman au piano, Bernard Foccroulle est né dans la fière principauté de Liège. C’est avec l’orgue, instrument auquel il voue une grande fascination depuis tout petit qu’il décide de devenir musicien. Mais sa vie ne s’arrête ni à l’orgue, ni à la musique. Au contraire, elle y démarre.

Le vrai terreau de Bernard Foccroulle c’est la société des hommes, la cité, l’humanité. Et ce qui le relie à ce terreau, c’est l’art, seul à même de transcender frontières, temporalités et idéologies. Foccroulle s’en souvient, et s’il milite un temps auprès des communistes, ce seront la musique et la recherche avant-gardiste qui deviendront le sens et le foyer de son engagement. « Il y avait dans l’avant-garde artistique, comme on disait alors, une culture du radicalisme, un goût de la rupture, qui n’étaient pas sans rapports, sans affinités, avec certaines formes de militantisme politique. »[2] Aujourd’hui, si le capitalisme reste pour lui impropre à faire progresser et avancer la société, son engagement, guidé par la volonté du partage et de la transmission, se traduit dans la démocratisation de l’accès à la culture. C’est ce qu’il a fait en tant que président des Jeunesse Musicales, en tant qu’enseignant au Conservatoire de Liège, en tant que directeur général du Théâtre royal de la Monnaie, en tant que président de l’association Culture et Démocratie. C’est ce qu’il fait encore aujourd’hui à Aix-en-Provence, où il préside le Festival International d’Art lyrique. Son credo est très simple, mais profondément exigeant : chaque société doit garder un certain élitisme artistique, chaque démocratie doit construire des espaces propices à l’exceptionnel, à la création pointue, originale et exigeante. Mais chaque société se doit de combattre tout élitisme social, et veiller au partage le plus large possible.

Bernard Foccroulle a une vision très claire de l’art, très personnelle et très fine. Il a ses fondamentaux aussi, ses socles, son Bach et son Messiaen par exemple, mais il n’a aucune limite. Ses horizons sont larges, et sa recherche, celle du beau, infinie. Sous son doigté, au fil des ans, les accords se font toujours plus clairs, plus sobres, plus épurés, pareils à l’architecture cistercienne qu’il admire tant, ou à L’Art de la fugue de Bach, « harmonie inexplicable entre la simplicité nue et la complexité la plus extrême »[3]. Cette recherche du beau à travers l’épure et la simplicité est aussi ce qui le mène à la poésie et à sa « capacité à dire l’essentiel, sans ornement, sans le moindre luxe, par la seule musique des mots et la force des images que leurs rencontres génèrent » et dont le sens n’est jamais « univoque »[4].

Sous les arceaux gothiques de la cathédrale, Bernard Foccroulle continue à jouer du Jean-Sébastien Bach. Les flots de notes se croisent avec force. Dans son phrasé, il y a un regard et une écoute de ce qui fait notre humanité. Il y a une résistance aussi contre toute standardisation ou marchandisation. Sans doute l’art ne pourra-t-il sauver le monde. Mais pourra-t-on sauver le monde sans l’art ? « N’attendons pas des artistes qu’ils sauvent le monde à notre place, mais prêtons attention à leur regard, à leur témoignage, à leur sens critique. C’est là que nous pourrons trouver, peut-être, l’énergie et la créativité pour réagir, pour résister à la déshumanisation, pour transmettre la mémoire de notre temps aux générations futures. »[5]

Bach n’est pas loin.

–        23 novembre 1953 : naissance à Liège

–        Directeur du Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles de 2002 à 2007

–        Directeur du festival d’Art Lyrique d’Aix en Provence depuis 2007

Bernard Foccroulle a enregistré en soliste plus de quarante CD, dont la plupart ont été salués par la critique comme par de nombreux prix.

Cet article est paru dans la revue Projections

Bosco d’Otreppe 2011


[1] Delrock, Pierre, Bernard Foccroulle. Entre passion et résistance, Tournai, Labor, 2003, p. 56.

[2] Idem, p. 35

[3] Idem, p. 54.

[4] Idem, p. 155.

[5] Idem, pp. 90-91.

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Relais d’Afrique

Sur les rebords de Matonge, les pieds ancrés dans le terreau d’Ixelles, la tête en Afrique, se dresse, rue d’Alsace-Lorraine, la Maison Africaine. Existant depuis 1961, elle accueille 80 étudiants africains chaque année. Nous avons rencontré son président, Thierry Van Pevenage. Il nous explique les défis de son institution, mais aussi les difficultés qu’éprouvent les étudiants africains face au logement bruxellois.

Institution privée munie d’une équipe d’une dizaine de personnes (assistante sociale, personnel d’entretien…), la Maison Africaine a une ligne de conduite très claire : faire plus que du logement. « Notre projet s’articule autour de trois axes : l’accueil, l’accompagnement (dans les démarches administratives par exemple) et l’intégration culturelle. » Cette intégration se réalise dans les deux sens : de nombreuses activités permettent aux Africains de découvrir la capitale, mais aussi à celle-ci de redécouvrir l’Afrique. « On essaye d’organiser le plus souvent possible des expositions, des rencontres. Cela nous aide à dépasser les nombreux stéréotypes que nous avons sur l’Afrique. Qui sait par exemple que son art est un des arts les plus avant-gardistes et audacieux du moment ? »

Au-delà de ces découvertes ponctuelles, c’est aussi un réel ancrage dans la ville qui permet à la Maison de rayonner et d’aider les plus pauvres. « Nous organisons, avec un succès grandissant, des cours de tutorat. Donnés par des étudiants de la maison à des enfants du quartier, ils sont facturés 3 ou 4 euros et permettent des rencontres très enrichissantes. » Une banque alimentaire est également organisée. « Et là non plus malheureusement le succès ne se dément pas. Il y a dix ans nous distribuions 9 tonnes de vivres par an. Nous en sommes à 17 aujourd’hui. Il faut le reconnaitre, la demande ne cesse de croître, les pauvres sont toujours plus pauvres à Bruxelles. »

Bien ancrée dans la capitale, la Maison Africaine n’en oublie pas pour autant l’Afrique et garde des contacts réguliers avec les entreprises du sud. « Notre volonté, comme celle des étudiants, est de les aider à repartir dans leur pays leurs études terminées. C’est là qu’ils pourront pleinement faire fructifier leurs formations. » Formations qu’ils auront pour la plupart déjà entamées chez eux. En effet, face à la demande accrue d’inscriptions, la Maison Africaine doit faire un choix et prendre en priorité des jeunes ayant déjà obtenu un diplôme universitaire. « Pour entrer en adéquation avec la coopération au développement qui nous subventionne pour une bonne partie, nous prenons en effet des étudiants diplômés. Je pense par ailleurs que la majorité des diplômes de bases peuvent être acquis en Afrique. »

Cette priorité n’empêche pas la Maison Africaine de se retrouver avec une liste d’attente atteignant parfois 600 personnes en début d’année. « Vous savez, pour délivrer des passeports, beaucoup d’ambassades exigent que les étudiants aient une preuve de lieu de logement. Alors, beaucoup font appel à nous, nous les aiguillons, mais s’ils ne trouvent rien, beaucoup cherchent un hôtel qui pourra les héberger un temps. Ce n’est qu’une solution très brève. Trop vite ils se retrouvent face à des loyers extrêmement élevés qui les obligent à travailler pour payer leurs études. Les conditions dans lesquelles ils doivent vivre sont alors très difficiles. » Avec un loyer tournant autour des 290 euros, il est vrai que la Maison Africaine fait figure d’exception à Ixelles, commune où, au mètre carré, l’immobilier est le plus élevé de la capitale. « L’accès au logement est un des plus grands défis qui attend la ville. »

Quoi qu’il en soit, Thierry Van Pevenage reste optimiste. Bruxelles est une ville internationale et accueillante. « Nous sommes loin des grandes capitales telles que Paris ou Londres. Bruxelles est presque familiale, et Ixelles fameusement dynamique. Il y a une réelle mixité ici, la Maison Africaine est fière d’en faire partie. »

Lien : www.maisonafricaine.be

Bosco d’Otreppe

Janvier 2012

Olivier de Clippele : portrait

C’est décidé, Olivier de Clippele quitte le MR d’Ixelles. Il promet une « liste de combat » et s’élance seul à la conquête des élections communales. Portrait.

Olivier de Clippele a les jambes solides quand il enfourche son vélo pour attaquer la chaussée d’Ixelles et monter jusqu’à la maison communale. Les pieds dans les pédales, tenu par son agenda, il grimpe, mais ne perd rien du paysage citadin qu’il traverse.

En politique, ce notaire de profession est un vieux porteur d’eau, ou un baroudeur diront certains. Rarement chef de peloton, il rapporte des voix, mais ne fait pas souvent la une. Sauf quand il se fâche, mais ça, nous y reviendrons.

Olivier de Clippele se crée une réputation sur les pentes institutionnelles belges. Dès ses 22 ans, il rencontre André Belmans et sa revue E diversitate unitas qui le convainc qu’un fédéralisme à deux ne mène qu’à la confrontation stérile. Du coup, il édite le journal Le Brabant Uni, lance les Jeunes pour les provinces et défend un fédéralisme basé sur ces provinces : « à neuf on découvre plus vite des intérêts communs ». Fier de ce constat, il lance avec d’autres Bplus, mais aussi le groupe Coudenberg « qui proposait un fédéralisme multipolaire et rassemblait universitaires, syndicalistes et patronat au temps où il y avait encore de grandes industries belges ».

En 1994, poussé dans le dos par ce passé, son expérience en temps que président du Cri (le syndicat national des Propriétaires) et les valeurs qui ont forgé la Belgique (il se bat longtemps contre la scission de la sécurité sociale), Olivier de Clippele s’engage et roule pour le politique. Il façonne ses premières armes dans l’équipe du PSC, mais Joëlle Milquet lui barre la route, le pousse à faire un pas de côté et le retrouve quelques mois plus tard accueilli dans le camp d’en face : le PRL bruxellois. Très mal placé sur les listes, Olivier de Clippele décroche tout de même un siège en 1999 comme parlementaire régional. Cerise sur le gâteau, lui, le fils, petit-fils et arrière-petit-fils de sénateurs est envoyé au sénat comme sénateur de communauté jusqu’en 2003, date à laquelle Sud Presse le nomme francophone le plus actif dans cet hémicycle. Cependant, écarté de ce poste par Daniel Ducarme, il doit se recentrer sur la région et surtout sur Ixelles où il contribue à ramener le MR dans le peloton de la majorité en 2006. Trois ans plus tard, il engrange de nouveaux adeptes, cartonne au niveau régional et s’y installe pour cinq nouvelles années. « C’est sans conteste là que je peux exploiter au mieux mes compétences. C’est là qu’est ma place d’ailleurs, à la région, là ou l’on légifère sur le droit d’enregistrement, sur les droits de succession, sur l’urbanisme, le code du logement, la pollution des sols. J’ai de ces dossiers une pratique journalière. »

Côté étiquette, Olivier de Clippele se définit lui-même comme un « parlementaire de droite » (on ne le contredira pas), mais revendique en même temps une fibre sociale aiguisée par 17 ans de bénévolat dans le quartier des Marolles et même écologique : « mon vélo ne me quitte jamais ». C’est aussi, un fier catholique admettront ses collègues. « C’est vrai, ce ne sera jamais une arme politique, mais c’est une fameuse arme personnelle. »  « Vous ne verrez jamais de référence à la Bible dans mes tracts, je suis résolument pour la séparation de l’Église et de l’état, mais l’état ne peut non plus se permettre de privatiser l’église. Au même titre que le sport et la culture il doit veiller à ce que tout être humain ait accès à la spiritualité. Vous savez nous confie-t-il en citant André Comte-Sponville, on peut se passer de religion, je crois à la communion entre croyants et athée, mais on ne peut se passer de fidélité et d’amour. On ne peut pas davantage se passer de spiritualité. Ça aide, ça m’aide à relativiser, à me poser. »

C’est sans doute l’une ou l’autre de ces capacités qui l’amènent à quitter le MR de sa commune en ce début d’année. Fin décembre, il refuse de voter le budget 2012 d’Ixelles. Il le juge exubérant et intenable en période de crise. On ne reviendra pas ici sur toute l’affaire, mais avouons-le, pour un échevin des finances la situation n’est pas très claire et surtout surprenante. Ses amis bleus le lâchent et sa majorité le démet de ses fonctions. Lui assume, refuse de démissionner, se retrouve échevin sans compétence, défend un autre budget et surtout, décide de lancer sa propre liste.

On le sait, la commune d’Ixelles n’est pas connue pour son relief clément, les pentes sont nombreuses. Qu’importe apparemment, Olivier de Clippele s’est fixé son Alpe d’Huez à lui : la place Fernand Cocq et sa maison communale. Il ne lui reste plus qu’à trouver des compagnons de route, affronter quelques tournants et les bourrasques de la campagne. En attendant, il roule, la tête dans le guidon et loin des porteurs d’eau. Bref, comme un baroudeur vous diront certains.

Bosco d’Otreppe

Janvier 2012

Ixelles : les défis de la diversité

D’un bout à l’autre Ixelles apparait comme fidèle à sa réputation : un joyeux métissage. Fidèle à son histoire aussi. Issue d’un petit village moyenâgeux blotti à l’ombre d’une capitale, Ixelles, à en croire le site de la commune, accueille dès le XIXe siècle artistes, intellectuels et réfugiés politiques de toutes sortes. Il en résulte un lieu au caractère artistique, novateur et même avant-gardiste.

La commune n’a rien perdu de cet entrain. Il suffit  de voir la liste de  tous les musées, cinémas, théâtres, écoles d’art et lieux culturels pour s’en convaincre. « On n’a pas de pétrole ici » nous avoue Yves Rouyet conseiller Ecolo, « mais notre maillage culturel et patrimonial nous rend fameusement riches ».  Cette importance de la culture permet de créer des liens et de témoigner d’une commune forte de ses habitants aux origines très diverses. « Ici, que ce soit du côté de la place Flagey ou du côté de Matonge, tout le monde se côtoie, il y a une véritable dynamique à Ixelles qui permet à chacun de trouver sa place » explique Thierry Van Pevenage directeur de la Maison Africaine. Et ce ne sera pas le seul. Sophie Engelskirchen coordinatrice et animatrice à la maison des jeunes souligne combien il est possible d’établir des partenariats entre les différents centres et associations de la commune. « Cela nous permet d’être véritablement un carrefour intergénérationnel ».

Malgré tout, ce dynamisme ne cache pas les défauts d’une commune qui a eu du mal à s’organiser face à la pression démographique qui l’étreint depuis quelques années. Il y a tout d’abord un réel problème de logement à Ixelles, où l’on compte à peine plus de 4 % de logements sociaux. « Avec 8 à 10 euros le mètre carré, c’est la commune la plus chère de Bruxelles » explique Olivier de Clippele. « Cela devient un vrai problème » souligne Yves Rouyet. « Que ce soit pour les étudiants qui se battent afin de partager des kots souvent mal aménagés, mais aussi pour les familles de la classe moyenne. Beaucoup sont contraintes de déménager vers Schaerbeek ou Forest, des communes où les loyers sont plus démocratiques. » Rappelons que la commune compte, sur ses 80 000 habitants, plus de 10 000 français. Des travailleurs européens, mais aussi des évadés fiscaux pour la plupart qui contribuent à peser sur les loyers. « Cependant, ne nous trompons pas; c’est une chance pour la commune de les avoir. Ce sont eux qui permettent de restaurer le patrimoine privé, et qui font vivre les commerçants, les théâtres et les musées » rappelle Yves de Jonghe.

Mais c’est aussi les problèmes de mobilité qui ralentissent toute la commune. Ixelles compte soixante voitures pour cent habitants, ce qui est un record en Belgique. Sous l’emprise d’une majorité MRPS qui ne propose pas de réels projets en la matière (si ce n’est quelques parkings et l’aménagement des trottoirs de la Chaussée d’Ixelles), la politique de mobilité reste pour une bonne part définie par le tout à la voiture. « La majorité est rétrograde, manque de volonté politique, de projet global et cohérent » s’insurge l’opposition. « Il n’y a plus de place pour autant de voitures à Ixelles, mais les transports en commun restent inefficaces à cause d’un mauvais aménagement du territoire. »

Enfin, il y a les problèmes liés à l’insécurité qui se retrouvent dans tous les programmes. Car si Ixelles ne s’apparente pas au Bronx, « il y a une multitude de petites incivilités qui rendent la vie de beaucoup impossible » juge Yves de Jonghe. « C’est du tapage nocturne, des sacs poubelles que l’on dépose n’importe quand, des graffitis… Les gens ne respectent rien. » Il manque une présence policière de proximité sans doute, tous les partis l’admettent, mais dans le quartier plus instable de l’Aulne, madame Delaunoy (nom d’emprunt) se montre plus sévère : « ici il y a une présence policière. Ils passent, mais ne font rien pour démanteler les bandes et les dealers qui minent la vie du quartier. On a tout essayé pour souder le quartier. On a organisé des grands repas, des brocantes, des fancy-fairs. Au début tout se passait bien, mais depuis quelques années ce n’est plus possible. On n’en peut rien. On aurait bien voulu continuer à organiser ces festivités, mais à la fin de la journée on se retrouvait avec des tentes lacérées de coups de cutter. Même les autorités communales semblent découragées. »  Ce témoignage, aussi avéré soit-il, reste pourtant cantonné à ce quartier situé sur les rebords de l’avenue de la Couronne. Même Matonge n’est pas vu de la sorte. Et si des émeutes, aussi graves soient-elles, éclatent comme en décembre dernier, elles restent exceptionnelles et s’expriment à l’encontre des autorités congolaises et non belges. « Mais il y a des quartiers plus difficiles. C’est vrai et il est important de les prendre en compte. Par contre, on doit répéter aussi que la diversité se vit à Ixelles comme une richesse » souligne Sophie Engelskirchen « même si on peut toujours mieux l’exploiter ».

Et mieux l’exploiter, cela peut se faire en rendant l’espace public plus convivial et surtout plus ouvert. « Ce que l’on demande depuis des années dans le quartier de l’Aulne c’est un terrain de foot par exemple» insiste madame Delaunoy. « Mon fils et des amis avaient réalisé tout un projet. Faute de soutien, il n’a jamais pu voir le jour. » « On ne peut répondre aux problèmes des jeunes si l’on ne part pas de leurs envies » explique-t-on à la maison des jeunes. « Et c’est de cela dont les jeunes ont besoin : de terrains extérieurs et ouverts sur lesquels ils peuvent se défouler. »

À quelques jours du mois de février, sous un grand soleil d’hiver, on quitte momentanément la commune d’Ixelles. Il reste beaucoup de choses à y découvrir pourtant. L’ULB, le quartier européen, les artères commerçantes, le musée communal aux collections incroyables. On passe devant le théâtre Marni qui de temps en temps s’installe dans la rue pour y proposer des spectacles de danse. À lui seul il représente l’ouverture et la convivialité d’Ixelles. Une commune au sein de laquelle les défis ne manquent pas, mais qui se présente toujours plus comme un des centres névralgiques de la capitale.

Bosco d’Otreppe

Janvier 2012